1.
Où se situe le problème ?
Ces dernières
années, de nombreuses recherches ont été menées pour mieux
comprendre ce qu’est le psoriasis. Car plus on comprend la
maladie, mieux on peut développer des traitements plus
efficaces. Pour l’heure, on a compris certaines choses sur le
psoriasis mais il reste encore beaucoup de zones d’ombres.
Jusqu’en 1985, on
pensait que les lésions cutanées (rougeurs, épaississement de
la peau et desquamation) si typiques au psoriasis étaient
provoquées par un problème au niveau de l’épiderme, en
l’occurrence par une division accélérée des cellules de
l’épiderme. Parce que les lésions pouvaient être
générées par un traumatisme superficiel au niveau de la peau
comme le fameux phénomène de Koebner (1), on a conclu un peu
rapidement que le processus inflammatoire se déroulait au
niveau de l’épiderme.

Heureusement, la
science n’en est pas restée là et depuis le début des années
90, on a compris en laboratoire que les symptômes cutanés
n’étaient en fait que la partie visible de l’iceberg et que la
cause du psoriasis se trouvait plus en profondeur. En fait,
elle avait lieu juste sous l’épiderme, là où se trouve notre
système de défense qui nous protège contre les possibles
agresseurs extérieurs.
La division
accélérée des cellules au niveau de l’épiderme n’est qu’une
conséquence de ce qui se passe en dessous de l’épiderme.
(1) Le médecin qui
découvrit que chez un patient psoriasique, un traumatisme de
la peau (par frottement, grattement, lésion...) peut provoquer
l’apparition de psoriasis ou l’aggraver.

2. Comment agit précisément notre
système de défense ?
Notre système de défense fait en sorte que les
corps étrangers ou les cellules étrangères (2) tout comme les
cellules malades de notre corps (3) :
-
soient reconnus comme "étrangers et
malades" (distingués comme ennemis),
-
soient marqués (par un anticorps),
-
soient neutralisés et détruits.
La neutralisation et la destruction des
cellules malades et des cellules étrangères sont le travail de
cellules bien déterminées appelées cellules T.
Par ailleurs, notre système de défense doit
être suffisamment intelligent pour reconnaître les cellules
saines. Un mécanisme de régularisation très ingénieux fait en
sorte que la phase de neutralisation ne puisse être activée
que dans des cas très précis et qu’elle redevienne
immédiatement inactive une fois le corps étranger détruit.

•
Comment agit
notre système de défense dans la pratique ?
Un corps étranger (par exemple le virus de la
grippe) pénètre dans notre organisme par le nez. La première
phase de notre système de défense réagit immédiatement. Une
sorte d’éclaireurs (des macrophages) reconnaissent le virus
comme corps étranger, l’engloutissent et le réduisent en
petits morceaux. Le macrophage va ensuite clairement présenter
à sa surface les morceaux du virus englouti.

(2) Corps
étrangers comme virus ou bactéries. Cellules étrangères comme
tissus d’autres personnes par transplantation…
(3)
Cellules de notre corps malades comme cellules pulmonaires
infectées par le virus de la grippe…
A ce moment-là (deuxième phase), d’autres
cellules sont stimulées : les lymphocytes (globules blancs).
Une fois activés, ils vont se transformer en
cellules B (celles qui produisent des anticorps) et en
cellules destructrices (cellules T).

Les anticorps, qui ne combattent que des
morceaux bien déterminés, continuent à circuler dans notre
corps et se fixeront sur tous les virus de la même famille et
sur les cellules qui ont été infectées par ce virus.
Une fois fixés sur celles et ceux-ci, les
anticorps y activent les cellules T (cellules de destruction).
C’est la troisième phase.
Lorsque toutes les cellules malades et tous les
virus sont détruits, notre système défense se remet au repos.
Au cours de cette troisième phase se met en
place une mémoire de défense de sorte qu’au prochain contact
avec un même type de virus, un mécanisme similaire se met
directement en marche. De cette manière, du temps précieux est
épargné.
•
Qu’est-ce qui
dysfonctionne dans le cas du psoriasis ?
En principe, chez les patients atteints de
psoriasis, le système de défense fonctionne bien !
Mais pour l’une ou l’autre raison, le patient
atteint de psoriasis produit des anticorps contre une partie
déterminée de ses propres cellules de la peau. (Les
scientifiques supposent que cette erreur se passe après le
contact avec une bactérie déterminée. Peut-être parce qu’une
des parties de cette bactérie ressemble étrangement à des
morceaux de cellules de notre propre peau.)
Les anticorps, produits contre les bactéries,
peuvent de cette manière, se retourner contre nos propres
cellules et déclencher à tort la troisième phase de la
réaction de défense (neutralisation et destruction). La
mémoire de défense est stimulée et par là va provoquer à
nouveau une réaction inflammatoire au niveau de la peau par la
neutralisation de nos propres cellules.
-
Pourquoi cela se passe-t-il chez certains et
pas chez d’autres ?
-
Pourquoi certaines zones déterminées de la
peau sont-elles plus sensibles que d’autres ?
-
Pourquoi y a-t-il une alternance de poussées
et de rémissions ?
Cela reste encore un mystère.
Nous savons maintenant ce qui dysfonctionne
dans le psoriasis mais pas le pourquoi !

3. Le
psoriasis est une réaction de défense chronique et
inflammatoire.
Que se passe-t-il au juste sous une plaque de
psoriasis?
-
Notre organisme a donc produit des cellules
mémoires qui malheureusement vont identifier des parties de
cellules de notre propre peau comme des corps étrangers
-
A certains moments, ces cellules vont être
activées et de là provoquer une réaction inflammatoire

•
Que se passe-t-il ensuite ?
Les cellules mémoires sont
activées et stimulent à leur tour les cellules destructrices
(les cellules T). Le processus stimulation/communication entre
ces cellules se fait via différentes molécules chimiques dont
les TNF (4)
sont les plus importantes et via des molécules d’adhésion
(5)

Une cellule T stimulée va à
son tour produire du TNF par lequel d’autres cellules T vont
être activées. En situation normale, cette cascade
inflammatoire s’arrête dès que toutes les cellules malades ont
été neutralisées.
Chez le patient psoriasique,
cette réaction ne s’arrête pas.
Notre organisme essaie de réparer aussi vite que possible la
peau endommagée et produit de nouvelles cellules cutanées.
Cette production de nouvelle cellules va inciter les
cellules-T à produire plus de TNF qui vont à leur tour
stimuler les cellules-T. Dès lors, le cercle vicieux du
psoriasis est alimenté en permanence et la réaction
inflammatoire au niveau de la peau devient chronique. En un
mot, voilà où se trouve le coeur du problème du psoriasis !
Chez les patients psoriasiques, on retrouve des
quantités élevées de TNF aussi bien dans le sang qu’au niveau
des lésions cutanées.
(4) TNF =
tumor necrosis factor, est une molécule chimique. Le TNF a une
fonction de régulation de l’inflammation. C’est un des
facteurs importants pour mettre notre système de défense en
action.
(5) Ces
molécules d’adhésion peuvent être comparées à 2 fiches
d’ordinateur qui doivent s’adapter l’une à l’autre et par
lesquelles l’information peut être échangée.

•
Comment
fonctionnent les anti TNF ?
Les nouveaux traitements (traitements
biologiques) ont pour but de diminuer la communication
/stimulation excessive entre les cellules-T et rompre le
cercle vicieux. Il est cependant très important de diminuer
uniquement l’excédent de TNF car celui-ci est utile dans la
protection contre les infections. C’est la raison pour
laquelle il est conseillé d’arrêter temporairement un
traitement par anti-TNF en cas d’infection sévère car cet
arrêt temporaire donne à notre organisme la possibilité de se
défendre de manière optimale contre l’infection.
La rupture du cercle vicieux peut se dérouler
de deux manières :
1. La manière la plus importante et la plus
efficace est de diminuer les TNF. Les anti-TNF vont
neutraliser les TNF et de ce fait rompre le cercle vicieux. Il
existe déjà différents produits pouvant intervenir dans le
traitement du psoriasis. Ces différents produits se
distinguent par le fait que certains vont bloquer le TNF de
manière radicale tandis que d’autres vont ramener les taux de
TNF à des valeurs physiologiques, laissant ainsi plus
facilement la possibilité au système de défense de faire son
travail lors d’une infection sévère.
2. Une seconde manière consiste à bloquer les
molécules d’adhésion par lesquelles la communication entre
cellules-T se fait et par là même de diminuer la stimulation.

Quatre conclusions :
1. La division cellulaire accélérée au niveau
de l’épiderme est la conséquence de quelque chose qui se
déroule en dessous de l’épiderme
2. Pour l’une ou l’autre raison encore
inconnue, le patient psoriasique produit des anticorps contre
une certaine partie des cellules de sa propre peau.
3. On sait à l’heure actuelle ce qui
dysfonctionne dans le psoriasis mais on ne sait pas encore
pourquoi.
4. Chez le patient psoriasique, les taux de TNF
sont augmentés aussi bien au niveau des lésions cutanées qu’au
niveau du sang.
Remerciements à P.De Corte (Psoriasis Liga Vlaanderen) N.
Ghosn (Wyeth) et le Docteur W.Pollet

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