|

La prévalence
mondiale du psoriasis varie de 0,1 à 5%. Des estimations suggèrent que le
psoriasis pourrait atteindre 2 à 5% environ de l'Europe du Nord et de
l'Europe Centrale.
Le retentissement
psychosocial et les perturbations de la qualité de vie induites par le
psoriasis, sont importants. Les modifications de l'apparence physique,
qui peuvent être sévères lorsque la composante squameuse du psoriasis est
marquée, la perturbation des loisirs (tels que la baignade) et de la vie
familiale et sexuelle, sont autant de difficultés que les patients
atteints de psoriasis doivent affronter quotidiennement. La perte de
journées de travail, autre problème induit par le psoriasis, altère
significativement la qualité de vie. Une étude montre que 59% des patients
atteints de psoriasis ont perdu en moyenne 26 journées de travail au
cours de l'année précédente et que 34% d'entre eux attribuent cette
incapacité de travailler au psoriasis.


Le psoriasis est une
dermatose chronique caractérisée par des plaques érythémato-squameuses,
infiltrées, bien limitées souvent prurigineuses (qui démangent). Le
prurit est régulièrement présent chez des patients qui vivent dans des
régions chaudes, mais il n'est retrouvé que chez 20 à 30% des patients en
Europe du Nord. Les sites de prédilection du psoriasis sont les coudes, les
genoux, les fesses ou les zones de frictions ou de micro-traumatismes,
ainsi que le cuir chevelu.
La pathogénie du
psoriasis est complexe. La lésion psoriasique se caractérise par une
hyperprolifération épidermique avec une augmentation de kératinocytes et
par des inflammations modérées du derme et de l'épiderme.
Le psoriasis pourrait
être dû à une anomalie génétique, associée à des processus
inflammatoires. Toutefois, les signaux impliqués dans les interactions
dermo-épidermiques, ne sont pas encore clairement compris.
Le but des
traitements anti-psoriasiques est de diminuer la sévérité de la dermatose
afin de restaurer le bien être physique et psychique du patient. Les
traitements locaux actuels sont utilisés pour les formes modérées du
psoriasis et les traitements systémiques sont réservés aux formes
sévères. Toutefois, la plupart des traitements anti-psoriasiques ont une
efficacité variable, des effets secondaires plus ou moins sévères et sont
parfois désagréables à utiliser.


Les thérapeutiques
locales représentent la première ligne de traitement pour les psoriasis
localisés, peu actifs. Lors des poussées avec apparition de nouvelles
plaques, je propose préférentiellement des crèmes émollientes et des
préparations à base d'acide salicyliques à 2 à 5%, en introduisant
ultérieurement d'autres traitements locaux, en fonction de la réponse du
patient.
Chez l'enfant ou
l'adolescent présentant un psoriasis en gouttes, j'ajoute une
antibiothérapie locale au traitement local, puisque des foyers
streptococciques internes peuvent déclencher l'éruption cutanée
psoriasique.
L'acide salicylique,
le dithranol et le calcipotriol sont des traitements locaux de routine,
bien que les dermocorticoïdes soient toujours utilisés très largement par
les praticiens de l'Europe du Nord.
Le dithranol est
surtout utilisé pour réduire les plaques épaisses et résistantes, mais
est parfois recommandé pour stabiliser le psoriasis de sévérité mineure
et pour prolonger les durées de rémissions.
L'acide salicylique
aux concentrations de 2 à 10% réduit l'épaisseur des plaques et facilite
l'élimination des squames. Il augmente l'absorption et par voie de
conséquence, l'efficacité des dermocorticoïdes et d'autres traitements
topiques anti-psoriasiques. Son effet secondaire principal est
l'irritation locale, notamment pour les concentrations élevées et / ou
l'application dans les plis.
Le dithranol ou
anthraline est un des plus anciens médicaments de synthèse à usage
topique en dermatologie. Il constitue le traitement de choix du psoriasis
localisé et chronique. Il est fiable, efficace et peu coûteux. Le
dithranol associé ou non à l'acide salicylique, en application locale, à
des concentrations croissantes dans la vaseline, permet d'obtenir le
blanchiment du psoriasis en 3 semaines environ. L'inconvénient principal
du traitement local par le dithranol résulte de son pouvoir oxydant qui
conduit à l'application de produits colorés qui teintent la peau et les
vêtements.
Le calcipotriol est
un analogue de la vitamine D3 qui inhibe la prolifération et stimule la différenciation
kératinocytaire. Le calcipotriol en applications locales est efficace
dans le traitement à court et à long terme du psoriasis en plaques de
sévérité modérée. Les lésions sont blanchies ou améliorées
significativement chez environ 60 à 70% des patients traités en
mono-thérapie par le calcipotriol en pommade. Le taux des rechutes et la
tolérance de l'utilisation au long cours de ce traitement ne sont pas
encore clairement établis.
Le calcitriol (Silkis®) (Professeur LANGNER -Varsovie)
La vitamine D est depuis
longtemps associée au traitement du psoriasis. Le plus puissant des
dérivés, le calcitriol s'est avéré avoir des effets bénéfiques sur
les marqueurs de la prolifération, de la différenciation, des cellules
inflammatoires et sur les lymphocytes T.
La pommade Silkis®) est particulièrement efficace dans
les plis, pour améliorer l'érythème (rougeur) psoriasique et l'induration.
Il faut appliquer 2 fois par jour une fine couche de Silkis®) sur
les lésions, en évitant le visage et les muqueuses. Il est recommandé de ne
pas dépasser 30 g de Silkis®) par jour, sous moins de 35% de la surface
corporelle.
L'utilisation
concomitante de la photothérapie, de préférence la photothérapie UVB,
augmente l'activité antipsoriasique. Globalement, la majorité des
cliniciens d'Europe du Nord considère que les analogues de la vitamine D
représente une meilleure alternative que les dermocorticoïdes pour le
traitement du psoriasis localisé.
Les dermocorticoïdes
sont efficaces et bien acceptés par les patients, vraisemblablement du
fait de leur rapidité d'action, de l'absence d'irritation locale, de
l'absence de la coloration de la peau et de leur coût relativement
modeste. Ils sont surtout utilisés pour les traitements des psoriasis
localisés ou pour les localisations qui ne peuvent être traités
différemment du fait du risque d'irritation locale.
Malgré la rapidité de
l'efficacité des dermocorticoïdes, les rechutes sont précoces et fréquentes
après l'arrêt du traitement, sous forme pustuleuse parfois. De plus,
l'apparition d'une tachyphylaxie limite l'efficacité de la
corticothérapie locale ; les plaques de psoriasis désinfiltrent mais
s'étendent et à long terme deviennent plus résistantes aux autres
thérapeutiques antipsoriasiques. La corticothérapie locale induit une
atrophie cutanée, des vergetures, une hypopigmentation et peut masquer
des infections locales.
Globalement, le
psoriasis devient plus résistant au traitement après une corticothérapie
locale au long cours et l'atteinte cutanée peut s'aggraver. Le bénéfice à
long terme du traitement du psoriasis par les dermocorticoïdes est
globalement négatif.
L'acide rétinoïque,
(vitamine A acide, trétinoïne) sous forme de pommade ou de crème dosée à
0,1% ou 0,3% a peu d'intérêt pour le traitement du psoriasis. Son
activité antipsoriasique est faible et son pouvoir irritant peut
entraîner un phénomène de Koebner conduisant éventuellement à
l'apparition de nouvelles lésions.


Les
traitements actuels peuvent faire disparaître complètement les lésions
et les plaques, mais on ne peut parler de guérison définitive car il y
aura sans doute des récidives qu'il faudra traiter de nouveau. Certaines personnes
vivent en parfaite harmonie avec leur psoriasis, tant que celui-ci ne
s'aggrave ni ne s'étend, il n'est pas absolument nécessaire de le
traiter. D'autres, en revanche, en souffrent moralement, en particulier
dans leurs relations familiales ou professionnelles.
Le caractère
récidivant de leur affection peut entraîner chez elles un profond découragement
un état dépressif, facteur de stress qui favorise l'apparition des
poussées. Ces personnes sont ainsi confrontées à un cercle vicieux que
seul un traitement adapté et correctement suivi peut briser en maintenant
un état de base satisfaisant dans lequel le psoriasis n'entraîne que peu
de gêne.


Les photothérapies ne
sont en général pas utilisées en monothérapie, mais en ambulatoire, en
association avec des photosensibilisants légers ou avec d'autres
thérapies locales, telles que l'acide salicylique, le calcipotriol ou des
dermocorticoïdes de faible niveau d'activité.
La photothérapie UVB
est généralement prescrite chez les patients atteints de psoriasis en
gouttes peu sévère, soit en monothérapie, soit en association avec des
préparations à base de goudron de houille, comme photosensibilisant.
La PUVAthérapie est
habituellement utilisée pour les psoriasis étendus et rebelles aux
thérapeutiques usuelles. La PUVAthérapie est en général bien acceptée par
les patients car son efficacité est très bonne. De plus, elle ne comporte
pas d'application locale et le schéma thérapeutique est très simple. En
Europe, ce traitement est pratiqué à raison de 4 séances par semaine. Le
blanchiment ou une amélioration importante sont obtenues chez 88% des
patients après 20 séances (environ 6 semaines de traitement). Les plaques
chroniques des coudes et des genoux ainsi que les lésions de la face
antérieure des jambes répondent lentement à cette thérapeutique et en
général requièrent des doses d'UVA plus importantes (en particulier les
lésions des jambes). L'atteinte unguéale (des ongles) n'est le plus
souvent pas améliorée par la PUVAthérapie.
Les effets
secondaires à court terme de la PUVathérapie sont les nausées, les
brûlures cutanées par phototoxicité et le prurit (10 à 20% des cas), mais
en général n'imposent pas l'arrêt du traitement. Les autres effets
secondaires sont l'érythème, le bronzage prolongé, les kératoses (lésions
de la peau) actiniques (16% après un an), l'héliodermie et les lentigines
(grains de beauté) multiples. La PUVAthérapie augmente le risque de
photocarcinogénèse (cancer de la peau).
Les études épidémiologiques
récentes de populations importantes de patients en Europe et aux
Etats-Unis permettent de résumer les risques de la puvathérapie de la
manière suivante :
|
De 0 à 200 joules/cm²
|
absence
de risques
|
|

|
|
De 200 à 1000 joules/cm²
|
risque
modéré mais significatif chez les patients prédisposés (phototypes I/II,
prise antérieure d'arsenic), la PUVAthérapie agit comme cocarcinogène.
|
|

|
|
Plus de 1000joules/cm²
|
risque
multiplié par 5 à 30.
|


Les rétinoïdes oraux
tels que l'étrétinate et l'acitrétine, sont largement utilisés pour
toutes les formes cliniques de psoriasis, notamment les formes sévères,
étendues et évolutives pour lesquelles ils sont très efficaces.
Les rétinoïdes oraux
sont utilisés comme traitement de choix pour les formes pustuleuses et
érythrodermiques sévères, comme traitement adjuvant pour le psoriasis en
plaques étendu, et comme traitement de seconde intention pour les formes
qui ne répondent pas aux traitements locaux habituels ou aux
photothérapies.
L'étrétinate améliore
significativement le psoriasis en plaques étendu dans 50 à 60% des cas.
Pour le psoriasis pustuleux, l'étrétinate en monothérapie entraîne le
blanchiment dans 90% des cas en 1 à 2 semaines. Dans le cas de
l'érythrodermie psoriasique, 70% des patients obtiennent une rémission ou
une amélioration significative. (75%).
Il n'y a pas de
rebond à l'arrêt du traitement. Au contraire, l'effet de l'étrétinate est
rémanent et les rechutes peuvent être prévenues par un traitement
d'entretien par l'étrétinate ou l'acitrétine à doses faibles.
L'efficacité retardée
et les nombreux effets secondaires sont les principaux inconvénients qui
peuvent entraîner une mauvaise observance. Les effets secondaires les
plus gênants sont ceux qui affectent la peau et les muqueuses (bouche et
nez secs, dermite d'irritation, desquamation palmo-plantaire, prurit,
chute de cheveux diffuse) mais surtout l'effet tératogène (risque de
malformation du foetus). Les femmes en période d'activité génitale
doivent suivre une contraception fiable et efficace, initiée avant le
début du traitement, poursuivie non seulement durant toute sa durée, mais
également pendant les 2 années qui suivent son interruption.
La surveillance
radiologique osseuse est recommandée en particulier chez les enfants et
les adolescents.


L'association de
rétinoïdes oraux (étrétinate et acitrétine) et de la photochimiothérapie
orale (RePUVA) est le traitement le plus efficace pour toutes les formes
sévères de psoriasis, y compris les formes généralisées.
La rapidité de la
réponse thérapeutique, le nombre réduit de séances, le blanchiment des
lésions chez les patients non répondeurs à, la PUVAthérapie ou au
rétinoïdes en monothérapie, la réduction de plus de 50% des doses d'UVA
par comparaison à la PUVAthérapie seule, sont les avantages principaux de
la RePUVA.


Le psoriasis sévère
et résistant aux autres thérapeutiques est la seule indication des agents
systémiques cytotoxiques à activité immunodépressive tels que le
méthotrexate, la ciclosporine et l'azathioprine. Ces agents représentent
la dernière ligne de traitement et ne doivent être envisagés que lorsque
toutes les autres modalités thérapeutiques ont échoué ou ne peuvent pas
être utilisées du fait d'effets secondaires inacceptables.
Le traitement par
méthotrexate comporte un risque de toxicité médullaire (moelle épinière)
hépatique et rénale. La toxicité à long terme du méthotrexate est
également un effet secondaire important puisque le risque de cirrhose
hépatique est d'environ de 3% chez les patients qui ont reçu une dose
cumulative d'au moins 1,5g de méthotrexate et de 10 à 25% chez ceux qui
ont reçu 4g. La surveillance minutieuse et régulière des fonctions
hépatiques de tous les patients traités par méthotrexate est donc
indispensable.
Les effets
secondaires de la ciclosporine sont surtout l'insuffisance rénale et une
surveillance régulière de la tension artérielle et des taux sanguins de
créatinine sont indispensables.
L'association de
plusieurs thérapeutiques comportant une toxicité systémique telle que
ciclosporine et méthotrexate, ou ciclosporine et rétinoïdes, ou
méthotrexate et rétinoïdes, doit absolument être évitée chez les patients
atteints de psoriasis.
Une
meilleure compréhension du
rôle du système immunitaire
dans le psoriasis permet de développer
de nouveaux traitements qui ciblent
spécifiquement la cause de
la maladie. Les avancées
dans la compréhension de
la base autoimmune du psoriasis
et l'identification de certaines
cellules T causant le psoriasis
signifient que de nouveaux traitements
peuvent être développés
pour cibler plus efficacement les
causes sous jacentes du psoriasis.
A
partir de cette connaissance, une
nouvelle génération
de thérapies biologiques
sont développées et
testées.
Enfin,
n'oublions pas l'intérêt
des cures thermales : 12 stations
en France - ont l'indication dermatologiques
et traitent avec de nombreux patients
tous les ans.

|